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Les tentatives de réformes au Maroc

Position du problème

La situation politique d’aujourd’hui au Maroc plonge ses racines dans l’absence des institutions suffisamment représentatives du peuple. Depuis l’indépendance jusqu’à aujourd’hui, toutes les constitutions octroyées n’ont jamais émané du peuple, mais plutôt imposées d’en haut par le Makhzen qui a toujours souillé les élections de trucage en essayant de s’opposer aux aspirations d’émancipation et d’ascension du peuple marocain. 

Ces évolutions constitutionnelles successives sont inhérentes au système politique institué par le Makhzen qui a toujours écarté le peuple de l’élaboration des institutions qui doivent régir la mobilisation des Marocains pour l’édification d’un royaume stable, prospère et démocratique.

Et dès lors, en dépit de quelques concessions tactiques que le pouvoir a faites en nommant à la tête du soi-disant gouvernement de transition, M. Abderrahmane EL YOUSSFI, le taux de participation aux élections communales et législatives qui n’a jamais dépassé les 27% met le Makhzen dans le doute et l’incertitude.Face à cette méfiance que le citoyen marocain éprouve envers le pouvoir, la question que l’on peut se poser est la suivante : face à cet état de choses, le vote a-t-il un sens aujourd’hui au Maroc ? 

De même, en matière de débat institutionnel, philosophique et socio-idéologique, le Maroc ne connait pas pour le moment suffisamment d’échanges riches et constructifs qui pourraient aboutir à un vivant équilibre lui permettant d’en profiter et d’en recueillir le fruit d’un projet de société moderne où l’Etat actuel tendra, progressivement, vers un Etat de droit en phase avec le monde actuel et ses valeurs universelles, capable de protéger la liberté de chaque individu. Toutefois, malgré l’opposition et le sabotage ‘’des féodalités politico-financières’’ et leurs politiciens de pacotille, le royaume du Maroc va-t-il avoir l’audace politique de procéder à des grandes réformes institutionnelles concernant la décentralisation et la relation entre le centre et les collectivités de la périphérie, la géographie, la géopolitique à l’échelon national, régional et international, et par voie de conséquence l’ébauche d’une monarchie parlementaire ?

Tentatives de réformes au Maroc

L’inévitable lutte entre les conservateurs et les traditionalistes d’une part, et les ‘’modernistes’’ de l’autre, qui dégénère souvent en dispute, devrait normalement être féconde pour la société marocaine. Les premiers s’évadent souvent dans les rêves, le passéisme, l‘irréalisme, l’inutile intransigeance, voire l’obscurantisme. Il est à noter à ce sujet que certains extrémistes récalcitrants se faufilent adroitement parmi les conservateurs et les traditionalistes pour trahir le ‘’livre Saint’’ (le Coran) et instrumentaliser la religion au service des forces occultes qui préfèrent pêcher dans l’eau trouble en vue d’encourager le terrorisme…

Par contre, les dangers qui guettent les ‘’modernistes’’ sont l’installation dans le terrestre, les compromis tournant aux compromissions avec le collectivisme paroxysmique pour les communistes ou avec le grand capital apatride et ses consortiums, ses holdings, ses Majors pétroliers, ces complexes militaro-industriels pour les libéraux et les néo-libéraux…

A l’heure actuelle au Maroc, seul un gouvernement de consensus comprenant le Parti de l’Istiqlal (P.I) sera en mesure d’incarner le changement dans la continuité et d’apporter des propositions et des préconisations permettant à la coalition de plier la machine sociologique de la société marocaine aux exigences de l’humain, ainsi que le retour aux formations sociales d’échelle humaine.

Le parti de l’Istiqlal qui est de tendance médiane entre les inspirations conservatrices d’un côté, et modernistes de l’autre*, dispose d’un projet de société en phase avec la société marocaine actuelle. Dans ce même esprit, le PPS qui préconisa dans son projet politique l’institution d’un programme d’union nationale et démocratique, ne pourrait-il pas constituer, dans la cadre d’une alliance stratégique avec le parti de l’Istiqlal un pivot sur lequel pourront s’emboîter les autres forces politiques qui aspirent à des perspectives de renouveau et de progrès ? Toutefois, encore faudra-t-il que les conditions et les circonstances politiques internes (l’interférence makhzénienne) et géopolitiques (pressions externes, surtout françaises) le lui permettent.

En dernier lieu, n’est-il pas urgent que les forces démocratiques et patriotiques marocaines forment une ‘’koutla’’ (un large front) autour d’un programme ‘’national’’ et démocratique capable d’engendrer une constitution destinée à apporter des réponses à des besoins réels et ressentis du peuple marocain tout entier pour affronter les grands défis socio-économiques et politiques de ce 21ième siècle.

Saïd CHATAR

Le 21 novembre 2020

(*) voir l’essai que Si Allal Al-Fassi avait écrit en 1951, intitulé ‘’Al-Naqd al-Dâti’’, (‘’L’autocritique’’ en Français) où il avait essayé de développer une pensée ou plutôt une introspective radicale concernant le conflit entre les ‘’traditionalistes’’ et les ‘’modernistes’’ et ce à travers une analyse critique fine et pertinente sur la contemporanéité et le contemporain …      

L’Islam et les Musulman(e)s en Europe

Préambule

Le sujet de l’Islam est toujours d’actualité en Occident en général et en Europe en particulier. C’est un thème qui prête à confusion en mettant mal à l’aise les microcosmes politiques et ne finit pas de faire l’objet de phantasmes, de préjugés, de remarques objectives et subjectives dans les débats publics européens qui se terminent souvent en queue de poisson. Au moins sur ce point, l’impérialisme et le grand capital apatride ont réussi à diviser les travailleurs et les peuples de tous les pays pour mieux les dominer et les exploiter. Ils sont parvenus à substituer les débats fondés sur les symboles religieux et autres systèmes de valeurs à ceux qui sont essentiels et qui concernent notamment les contradictions dans le rapport entre le travail et le capital dans une économie où celui-ci maitrise celui-là.

Aussi faudrait-il éviter ce piège que l’impérialisme et le grand capital tendent aux peuples afin que ceux-ci puissent unir leurs forces et défendre leurs valeurs communes, ainsi qu’à approfondir les liens d’amitié qui les unissent. Ainsi naitra-t-il un nouveau paradigme qui est fondé sur le consensus et sur la paix, et où tous les peuples auront les mêmes droits et les mêmes chances dans un monde multipolaire.  

L’Islam et les Musulman(e)s en Europe

Les Musulman(e)s vivant en Europe se trouvent devant la situation alternative suivante : l’intégration ou l’exclusion. Et, ce n’est pas en restant coincé dans l’espace religieux qu’on va réussir à venir à bout de ce problème dans lequel se trouve l’Europe. D’un côté on accuse les Musulman(e)s de ne pas vouloir s’intégrer dans les sociétés européennes, et de l’autre côté, on accuse celles-ci d’être hostiles à l’Islam et de vouloir exclure les résidents musulmans de la vie publique de l’espace européen.

Toutefois, la réalité est beaucoup plus complexe. Historiquement, les identités des peuples européens ont été façonnées non seulement par les langues, les cultures européennes et les cultes païens, mais aussi par le judaïsme, le christianisme et la laïcité. Longtemps, celui dont la culture ne correspondait pas à ces paramètres était perçu comme un étranger. Or, même si l’Europe d’aujourd’hui est majoritairement une démocratie libérale, les sociétés européennes continuent à garder d’elles-mêmes des images ancrées dans l’histoire qui constituent une entrave en matière d’intégration des immigrés (surtout les Musulmans) et de leurs enfants. Il n’est que plus urgent de trouver un meilleur modèle de coexistence.

Pour la majorité européenne, la tâche principale est de faire connaître l’Islam et d’inculquer de manière cohérente les notions de respect et de tolérance envers les autres (voir notre dernier article paru sur ce mur, intitulé : ‘’L’éducation des jeunes et le fanatisme religieux en Europe’’. Il faut dire que la plupart des Européens n’ont aucune connaissance élémentaire de l’Islam et de la culture musulmane. En effet, dans les débats sur la religion musulmane par exemple, on se réfère à Dieu généralement en utilisant le mot arabe ‘’Allah’’ ; d’où l’impression d’une divinité différente qui serait plus sévère et plus inflexible que le ‘’Dieu d’Amour’’ chrétien. Or, très peu d’européens ont des connaissances sur les doctrines sociales, la jurisprudence, ou encore l’humanisme et le devoir de charité en Islam. D’où l’urgence de doter les populations européennes d’une vision plus équilibrée de la religion et de la civilisation musulmanes. Aussi longtemps qu’on tarde à le faire, ou qu’on ne le fait pas assez, les préjugés gagneront du terrain. Comme la tâche n’est pas facile, il faudra mettre en œuvre des outils d’enseignement pour les écoles et autres institutions où les enseignants auront une formation à ce sujet. Il faudra également y consacrer beaucoup de temps et bien sûr des fonds qui semblent toujours insuffisants, sans oublier le fait que ce genre de mesures ne sont pas toujours très appréciées politiquement, car les gens n’aiment pas renoncer à leurs vieux préjugés et évitent d’aborder des thèmes qui les mettent mal à l’aise. 

Pourtant, sans un effort complet de clarification au niveau des gouvernements nationaux européens, ‘’l’islamophobie’’ ou plutôt la ‘’Musulmanophobie’’ (hostilité envers les Musulman(e)s va continuer à progresser. Ce qui est regrettable ; d’autant plus que cela encourage la division et renforce la tendance de certaines couches de la communauté musulmane à créer des ‘’crypto-structures’’ et des sociétés parallèles.

Par ailleurs, il ne faut jamais accepter les exigences de certains groupes musulmans extrémistes selon lesquels pour parvenir à une intégration réussie, il faudrait faire des compromis par rapport aux principes libéraux et démocratiques européens. On doit absolument refuser d’approuver l’idée de remplacer le code pénal en Europe par la loi islamique lorsqu’il s’agit des Musulmans.

Naturellement, toute forme de violence motivée par la religion, qu’elle soit dirigée contre d’autres Musulmans ou des non-musulmans doit être combattue. Dans la lutte contre cette violence, les Musulmans européens, en majorité respectueuse de la loi et des principes démocratiques, doivent être solidaires de la majorité respectueuse de la loi et des principes démocratiques et laïques en Europe.

Dans une société libre, les démocrates ont le devoir de prendre leurs distances non pas par rapport aux Musulmans, aux Chrétiens ou aux Juifs, mais vis-à-vis des antidémocrates et des imposteurs qui, au lieu de considérer l’Islam comme une religion, le présentent comme une idéologie purement politique, sociologique et économique.

C’est pourquoi, ‘’les élites’’ de la communauté musulmane, (hommes et femmes politiques, Imams des mosquées, et autres militants associatifs) sont appelées à s’éloigner complètement des extrémistes qui ne font qu’apporter de l’eau et des grains à moudre au moulin de l’impérialisme et du grand capital, et ce en déplaçant le débat de l’espace théologique vers celui de la Raison, de l’éthique et du Droit. Plus ils y mettront du courage et de la volonté, mieux ils contribueront à l’intégration des Musulman(e)s. Cependant, ce devoir n’incombe pas uniquement aux ‘’élites’’, mais aussi à tout simple citoyen musulman. Nous devons tous nous lever comme un seul homme pour défendre non seulement le respect des autres, mais aussi vivre notre vie quotidienne selon ce précepte. C’est la seule façon d’assurer un avenir meilleur pour le bien des Musulmans vivant en Europe. 

Saïd CHATAR

L’éducation des jeunes et le fanatisme religieux en Europe

“Le fanatisme est un monstre qui ose se dire le fils de la religion”

Voltaire

“Plus un peuple est en retard sur le plan du progrès de la pensée philosophique, plus la religion agit fortement pour asseoir sa domination sur la mentalité de ce peuple”

ANTOÛN Sa’âdah (Liban).

A la suite des événements dramatiques survenus à Paris, je m’étais permis d’écrire un article intitulé ‘’L’éducation des jeunes et le fanatisme religieux’’ le 15 janvier 2015 (voir CHATAR Saïd Dounia News). Ainsi ai-je pensé qu’il est important, voire nécessaire de remettre à nouveau cet article sous les yeux du lecteur après la décapitation de l’enseignant français Samuel Paty par un jeune Islamiste radical, qui a engendré des débats passionnels et épidermiques en France et dans les pays musulmans. De même, je vais republier prochainement sur ce même mur trois parties d’un article que j’ai intitulé ‘’ Islam et modernité, que faire ? ’’ que j’avais déjà écrit avant.    

Ci-dessous l’article en question.

 L’éducation des jeunes et le fanatisme religieux en Europe

 A la suite des événements dramatiques survenus à Paris, j’ai trouvé opportun de prendre en considération dans la suite de ces lignes les jeunes générations issues de l’immigration qui montent en Europe en général, en Belgique en particulier. En effet, le problème de la compréhension mutuelle entre les différentes communautés et la symbiose de celles-ci vivant en Europe, se dessine d’abord et avant tout à l’école où le dialogue devra être mené entre les élèves de différentes confessions d’un côté, entre les élèves et les parents de l’autre. A cette fin, pour ne pas subir la contagion des conflits du Moyen et Proche Orient, il faut y déployer et mobiliser en matière religieuse une communauté éducative issue de l’immigration formée en Europe en général et en Belgique en particulier, et non pas dans les pays musulmans où l’Islam est la religion d’Etat. A ce propos, outre l’école, les associations et les partis politiques démocratiques vont-ils enfin s’occuper plus sérieusement de l’encadrement, l’accompagnement, l’intégration des jeunes tentés par la drogue, la délinquance, l’Islamisme, le terrorisme… ?   

Ainsi faudra-t-il absolument que l’éducateur, l’animateur et le politique doivent agir de concert pour armer les jeunes esprits contre les dangers engendrés par les idées facho-obscurantistes importées des pays musulmans dont la religion d’Etat est l’Islam, et les préparer à vivre dans les valeurs de la société dans laquelle ils vivent : laïcité, libre et réaliste pensée, multicultualité, interculturalité, multipartisme…

Bien sûr, cette guerre à large spectre, sera longue, pleine d’obstacles. Elle prendra une allure de plus en plus âpre et totale. Car, dans l’ordre des causalités essentielles, une évidence s’impose : il n’y aurait pas eu d’activisme islamiste à travers le monde sans interférences de certains pays musulmans, surtout ceux du golfe, et des problèmes socio-économiques, entre autres, que des jeunes subissent en Europe en général, et en Belgique en particulier. C’est un véritable fléau qui s’abat sur les pays d’accueil en embobinant les jeunes et en aveuglant ceux dont les motivations égoïstes et mercantilistes occultent les dangers. Ainsi n’est-il pas inutile de rappeler au lecteur que, récemment encore, l’émir d’un pays de la région du golfe s’est allié avec l’OTAN, et plus particulièrement avec Nicolas Sarkozy et David Cameron pour substituer l’anarchie et le chaos des barbus facho-obscurantistes au régime de Kadhafi. Le même OTAN n’a-t-il pas répété la même erreur stratégique en s’accordant avec des facho-obscurantistes soutenus par les pays du golfe, contre le régime baasiste laïcisant de la Syrie pour, soi-disant, la démocratiser ?

Cultuellement, culturellement, philosophiquement et politiquement, l’Islam de la plupart des pays musulmans et le reste du monde sont réciproquement incompatibles, et la cohabitation civile, la tolérance inter-religieuse, le dialogue interconfessionnel, sont impossibles et suicidaires. Dorénavant, il faudra choisir entre les deux approches d’interprétation de l’Islam que voici : l’une est traditionnelle dominée par le courant wahhabiste, et l’autre qui est moderne ou plutôt rationnelle dont les initiateurs sont AL-GHAZALI (né à Khorassan en1058, mort en1111) et Ibn Rochd Averroès (né à Cordoba en 1126, mort à Marrakech en 1198).

Par ailleurs, soutenu d’abord par l’impérialisme anglais, ensuite par certaines composantes anticommunistes primaires de l’administration américaine, puis plus tard par les maccartistes et les néo-maccartistes entre autres, le wahhabisme n’a-t-il pas conduit l’Islam qui, à l’instar des autres religions monothéistes, est une religion d’origine sémite et universelle, vers un sous- culte ou plutôt vers une sous-culture intransigeante et hostile à toute cohabitation avec d’autres confessions. Il ne comprend pas bien le 21ième siècle, vit en isolement communautaire et n’accepte pas le monde qui évolue. Il est étranger à la modernité, bref il est en révolte contre le progrès. Cette hostilité se commue en haine vis-à-vis des convictions modernes de la société et de l’Etat. Et là où il prend racine, sa stratégie vise à supprimer les autres courants de pensée, musulmans ou non (laïques, libéraux, socialistes…). D’ailleurs, n’est-il pas pour une grande partie, à l’origine de l’échec de toutes les formes de coexistence et d’intégration expérimentées jusqu’ici, de la diaspora musulmane en Europe comme dans le reste du monde.

En dépit de ce bref et sombre aperçu que je viens de rappeler sur le wahhabisme et ses interférences dans les affaires religieuses des pays d’accueil, nos enfants qui sont à l’école en ce moment, aussi bien de « souche » belge que ceux issus de l’immigration auront moins de raisons que les adultes d’aujourd’hui de s’ignorer et moins d’excuses s’ils se méprisent réciproquement : ils trouveraient un pays beau et installé, développé et jouissant d’une stabilité politique et institutionnelle, qui aurait fait oublier les quiproquos et les incompréhensions du début. Encore faut-il que, dès l’école, ils aient reçu quelques enseignements qui les prédisposent à s’entendre et les préparent à une collaboration future.

L’école belge, qu’elle soit d’ailleurs publique ou privée, par destination, ne joue pas d’autre rôle que celui d’agent de médiation et de rapprochement entre les différentes communautés cohabitant désormais en Belgique. Qu’elle enseigne aux enfants les langues française, néerlandaise et allemande, les connaissances usuelles ; elle s’applique à toute heure à faire comprendre à ses élèves les différentes civilisations, bien sûr, occidentales, mais aussi orientales et autres, et à les préparer à une participation plus intime aux travaux de demain.

L’école belge doit maintenir ses élèves dans la culture qui reflète la Belgique d’aujourd’hui le plus possible. C’est là sa mission essentielle. Il ne faudrait pas cependant qu’elle oubliât de parler des autres composantes de la société belge (marocaines, turques, et autres) à ses élèves et des devoirs sociaux que crée la juxtaposition des populations différentes vivant sur un même territoire. C’est là un point d’autant plus important que les enfants sont instinctivement portés à se méconnaître et, de là à se mépriser. Les inconvénients qui résultent de cet état d’esprit sont apparents. Les enfants ne travaillent pas en classe comme ils le pourraient et ils se professaient volontiers les uns envers les autres des sentiments dépourvus de générosité.

On peut et on doit par conséquent les détourner de ces sentiments. Sans doute l’enseignement qu’ils reçoivent à l’école et à la maison, doit les engager au respect constant de la personne humaine sans discrimination raciale ni religieuse. Encore faut-il insister auprès d’eux et les entraîner dans les actes, plus encore que dans les paroles, à songer à communiquer et à dialoguer en vue de mieux se connaître, de se découvrir et de se respecter mutuellement.

Les faits connus des enfants et des adolescents, les événements de la rue, doivent constituer une illustration sans cesse renouvelée des principes proclamés dans les leçons de l’enseignement de l’école et les entretiens familiaux. Pour répondre à cette nécessité, les responsables de l’enseignement et de l’instruction publique doivent organiser dans les écoles et les lycées des temps de paroles pour réfléchir collectivement sur la fraternité, le respect de l’autre, la dignité de la personne humaine, des cours et des conférences ayant pour objet les civilisations en général, et leurs différents aspects en particulier : ce serait le meilleur moyen de combattre l’invraisemblable indifférence régnant entre les enfants des différentes communautés à l’exemple des adultes.

La comparaison constante entre des manières de vie différentes n’est-elle pas le meilleur moyen de cultiver de jeunes esprits ? D’ailleurs, il n’est pas que des différences à noter. Il est aussi des similitudes plus ou moins cachées à révéler, des évolutions retardées, des retours au passé qui peuvent donner à l’enseignement une richesse et une vie incomparables. Aussi ne serait-il pas préjudiciable pour nos enfants d’être privés par négligence, à l’école, des avantages que donne pour la formation de leur esprit, la présence d’une civilisation étrangère à la leur ?

C’est ainsi seulement qu’on puisse arriver à bout des préjugés qui dorment à demi dans les consciences des enfants. Mais n’est-il pas permis de penser que les enfants, s’ils y étaient poussés, finiraient par se considérer avec moins d’indifférence et se respecter mutuellement afin d’arriver à établir entre eux des rapports normaux.

Rapports normaux : le mot est lâché qui précise le but vers lequel doivent tendre toutes les bonnes volontés. Rapports difficiles à établir, il faut le reconnaître, du fait que les communautés en présence n’ont ni le même idéal, ni les mêmes habitudes de vie. La nécessité s’impose donc de ne pas aggraver par des préjugés de race ou de religion les différences multiples qui séparent ces communautés qui vivent côte à côte en Belgique mais qui s’ignorent. Au contraire, il convient de les atténuer en professant le respect de la personne humaine. Nous estimons pour notre part, que chaque être humain est formaliste, il est sensible aux bons procédés, et il est soucieux de sa dignité. En tenant compte de ces trois caractères (formalisme, sensibilité, et dignité), on gagnera rapidement la confiance et l’amitié des différentes communautés vivant en Belgique, et par conséquent leur intégration. Un proverbe oriental dit : « Blessure par le fer guérit, blessure par la langue ne guérit pas ».

Donc, plutôt le « Chat de Geluk » que « Charlie-Hebdo », car le premier préfère rire avec les musulmans au nez des extrémistes et des facho-obscurantistes, alors que le second provoque les musulmans et se moque d’eux en tournant, à travers des caricatures satiriques violentes, le prophète Mohamed au ridicule. Cependant, je suis contre toute atteinte à la vie humaine.

Saïd CHATAR

Le 21 janvier 2015

N.B : je conseille au lecteur de cet article de lire la lettre de Jean JAURES qu’il avait adressée jadis aux instituteurs et institutrices…

Le COVID-19 est-il un virus geopolitique ? (3)

Pandémie et rivalités des superpuissances

Troisième partie

Face à la crise mondiale provoquée par la pandémie du virus COVID-19 on a noté des réactions nationales différentes : d’un côté les promoteurs de la société ouverte et ses bénéfices économiques pour qui les victimes de la pandémie sont un effet collatéral de la nécessaire poursuite de la mondialisation, et les adeptes de la fermeture et la maîtrise du territoire au niveau national selon le principe de précaution de l’autre.

Ainsi cette crise révèle-t-elle une très forte rivalité entre les États qui réagissent différemment en fonction de leurs modèles de société et leurs régimes politiques par rapport à leur ouverture à la mondialisation libérale mettant la question des frontières au centre des enjeux géopolitiques. D’où l’exacerbation de la rivalité de pouvoir entre les souverainistes d’une part, les supranationalistes et les mondialistes de l’autre. Ceux-ci voudraient transférer le pouvoir aux instances multilatérales et déposséder les États-nations de leurs prérogatives et de leur souveraineté.

Les mondialistes et les multilatéralistes promoteurs de la mondialisation qui prétendent que le covid-19 n’a pas de frontières démontre bien jusqu’où leur idéologie ultralibérale peut aller dans l’absurdité, comme si le virus traverse la frontière avec le vent, les ondes, et avec je ne sais quoi encore. Pour les souverainistes, ce sont les personnes infectées qui véhiculent et transmettent les covid-19. Et faute de mieux, même si la fermeture des frontières n’est pas suffisante dans la lutte contre le covid-19, elle est au moins nécessaire pour mettre suffisamment la nation à l’abri de la pandémie. De toutes les façons, quoi qu’il en soit et contrairement aux souverainistes, les mondialistes préfèrent coûte que coûte l’ouverture des frontières.

Et par conséquent, pour combattre la pandémie, les souverainistes et les mondialistes ont opté pour des stratégies différentes : les premiers ont, après des hésitations, préféré le confinement de leurs populations, tandis que les seconds ont choisi initialement une stratégie ‘’d’immunité collective’’. Toutefois, ceux qui persistent à privilégier ‘’l’immunité collective’’ avec des mesures moins drastiques de confinement ne deviendront-ils pas potentiellement un risque pour les autres États qui ont choisi le strict confinement après la réouverture des frontières ?

Les promoteurs de la société ouverte n’abandonneront pas de sitôt leur monde mondialisé et ouvert à tous les flux qui provoquent et aggravent les crises ; cette nouvelle pandémie en est l’illustration éclatante. Il est à craindre que les dogmes dominants des sociétés ouvertes qui ont eu pour effet d’aggraver la crise ne s’imposent à nouveau au sein de la communauté internationale, une fois la crise surmontée. La libre circulation des personnes et le maintien des frontières ouvertes, mais aussi l’idéologie du libre-échange devront être réévalués pour tirer les leçons de la crise et trouver des réponses communes entre États dans la durée afin d’arriver à une réforme des fondements et des paradigmes dans le monde.

Cette crise pandémique va engendrer des ruptures systémiques dans un monde qui sera marqué par des rivalités géopolitiques croissantes. Les différents projets, européens, américains, chinois et russes feront face à des crises qui vont s’additionner et se succéder de façon permanente. Ces crises seront l’aiguillon de leurs réformes, ou de leur évaporation.

Selon le principe d’anticipation qui relève de la mission de l’État pour protéger ses citoyennes et ses citoyens face à un risque provenant de l’extérieur, nous supposons que la décision de renforcer les contrôles à propos de la circulation des personnes et la fermeture des frontières est une mesure de bon sens. A ce propos, l’on pourrait s’inspirer du modèle de Taïwan. En effet, très proche de la république populaire de Chine, mais avec un nombre très faible de personnes affectées par le virus, le cas de ce pays est très intéressant. Il démontre que le contrôle des flux de personnes, l’isolement des personnes porteuses du virus, le confinement ciblé et l’exploitation du big data sont très efficaces comme mesures d’anticipation.

Outre la prise de contrôle de production et de distribution des masques et la mise sur pied de nombreuses mesures de prévention, de désinfection, d’interdiction des visites aux hôpitaux, de dépistage de fièvre à l’entrée des bâtiments publics (…), d’autres éléments ont pu jouer également en faveur de la lutte que Taïwan a choisie contre cette pandémie : un bon niveau d’éducation générale, de formation et d’information, un Etat très organisé capable  d’impliquer la population dans la lutte contre le covid-19 dans la transparence en faisant des travaux d’approche inclusive, participative et démocratique en employant un système de soins de santé rationnel mais efficace, et grâce aussi,  comme nous l’avons mentionné dans la première partie de cet article, du point de vue anthropologique, une discipline philosophique propre à l’Asie du sud-est qui place les intérêts du groupe au-dessus de ceux de l’individu, (bouddhisme, taoïsme et confucianisme…).

A suivre…

Saïd CHATAR

Bruxelles le 18 août 2020

Médiocratie et obscurantisme

A défaut des droits et des devoirs civiques au Maroc où le mal de vivre s’étend un peu partout, la médiocratie et l’obscurantisme étalent avec un cynisme révoltant quelques-unes de leurs plaies que le peuple ne semble pas prêt ou plutôt pas préparé à désinfecter. Il y a des spectacles que l’on ne peut regarder sans dégoût. Ainsi, à ces moments difficiles, les horreurs des obscurantistes et des médiocrates que nous voyons à l’œuvre à travers le pays déploient toutes leurs ressources, nous rappellent et nous révèlent toute l’incompétence de l’Etat, de son administration et de sa bureaucratie, makhzénisés et révolus, basés sur le blocage, le sabotage, la corruption, l’humiliation, voire les punitions expéditives en pleine rue.

C’est pourquoi, quand la médiocratie et l’obscurantisme commettent des injustices et des fautes irréparables, la société civile se doit de s’insurger contre eux pour les contenir, afin que l’Etat ne soit impuissant et obligé d’abdiquer devant eux. La médiocratie et l’obscurantisme qui sont une civilisation à rebours, sont incapables de représenter dignement la pensée, la conscience et la raison. Le gouvernement actuel qui n’est que la partie visible de l’Etat profond, donne l’impression de tergiverser et de se cramponner désespérément à quelques principes formels pour sauver les apparences, quand la désunion est au sein même de l’Etat, et quand des complications et des difficultés surgissent dans le clan des médiocres et des obscurantistes du gouvernement et du pouvoir profond.

Alors, que faire face à des populations qui ignorent leurs droits et leurs devoirs civiques ? Que faire face aux spectacles et aux gestes odieux de la médiocratie, qui comptent aujourd’hui par centaines ? Que faire devant les scènes d’un parlement tragi-comique où se manifestent les incohérences, les équivoques qui rendent les députés à jamais ridicules et complétement désorientés, car ils ne savent pas ce qu’ils veulent ? Les débats ou plutôt les échanges relatifs au patriotisme dans l’hémicycle de l’assemblée nationale s’affirment souvent sous la forme de la vulgarité, de la sauvagerie et de la haine. Malheureusement, à ce propos, le suffrage universel va encore nous réserver des surprises étranges.

Les abus de la médiocratie ne se comptent plus : foules acharnées après celui qui est seul, lâcheté collective qui envoie en taule des innocents ; jury incapable de représenter dignement la conscience et la raison ; les forces policières, cultivant avec méthode le brigandage et le racket sur les routes, l’extorsion voire le vol… Tant d’abus étalés au grand jour, ou dissimulés dans l’ombre. Occultes ou visibles, ces abus sans raison symbolisent un régime absurde qui conduit le pays et son peuple droit dans le mur.

Entretemps, ce régime qui est fondé sur l’hégémonisme de la médiocratie et l’obscurantisme veut conserver coûte que coûte ses privilèges, craignant pour son existence, pour son repos, pour ses habitudes, n’hésite devant aucun crime. Ceux qui se sont imposés à la tête de ce régime par la force sont décidés à tout détruire, tout désorganiser, à mettre tout le pays à feu et à sang, plutôt que de perdre leur bien-être, plutôt que de sacrifier leurs intérêts. Le pouvoir, ses partis soi-disant politiques et ses fonctionnaires corrompus qui sont une médiocratie de voleurs, d’imposteurs et d’assassins, s’exercent quotidiennement aux menaces, à l’imposture mystificatrice, au vol, au chantage. En effet, ils ne songent qu’à se défendre et se protéger contre le peuple, contre les patriotes sincères, contre les hommes de pensée et d’action. Ils redoutent la liberté qui les effraie par-dessus tout.

Comme nous l’avons déjà mentionné au début de cet article, la civilisation de la médiocratie et de l’obscurantisme est une civilisation à rebours. Ainsi puissions-nous nous délivrer, non pas par le rêve, mais par la patience, le courage, le sacrifice, la volonté et l’action, de cette civilisation désuète pour une autre civilisation attachée à des institutions démocratiques et progressistes, une monarchie parlementaire et non pas une institution royale moyenâgeuse, makhzénisée, omniprésente et omnipotente…

Saïd CHATAR

Bruxelles le 5 Août 2020

Le COVID-19 est-il un virus geopolitique ? (2)

Pandémie et rivalités des superpuissances

Deuxième partie

Nous avons fait revenir à la mémoire du lecteur dans la première partie de cet article que, comme par le passé, après les grandes catastrophes universelles, les attributs de la puissance économique changeront. Les deux guerres mondiales du siècle dernier n’ont-elles pas vu s’effondrer successivement l’empire austro-hongrois et l’empire ottoman, puis l’empire britannique et l’empire français ? Ce fut ensuite au tour des USA et de l’URSS d’émerger en superpuissances, délaissant les deux empires britanniques et français flétris loin derrière elles. Ensuite le conflit israélo-palestinien qui dure depuis 1948 a fini par déclencher en 1973 la guerre d’octobre qui fut la cause directe du premier choc pétrolier. Cette guerre avait désorganisé l’économie mondiale et provoqué la première crise pétrolière qui avait mis en évidence les failles et la vulnérabilité des modèles industriels européens.

Par conséquent, à la suite de cette première crise pétrolière, la France et la Grande-Bretagne, berceaux de la révolution industrielle, avaient tardé à remettre en cause leurs parcs industriels. Il a fallu l’arrivée de la libérale Mme Thatcher et du ‘’socialiste’’ M. Mitterrand pour se débarrasser de ces parcs devenus obsolètes et non compétitifs en laissant derrière eux des espaces industriels dévastés.  

De même, au lendemain de la crise pandémique causée par le covid-19, nous allons probablement assister à la fin d’un cycle de l’histoire de l’humanité et la naissance d’un nouveau paradigme où les Asiatiques vont contaminer le reste du monde. Même si la rivalité sino-américaine n’est pas encore terminée, on constate déjà que les U.S.A concèdent petit à petit à la Chine une place de leader qui pourrait être durable s’ils ne parviennent pas à endiguer la pandémie du covid-19. C’est pourquoi, les prochains mois seront déterminants pour le futur ordre mondial. D’autant plus que sur le plan financier, les USA sont noyés dans les dettes (près de 25 trillions de $ avec 523 milliards d’intérêts pour la seule année 2018 !). Ce sera un grand sujet de débats après le Covid-19, lorsque la Chine qui tient déjà à la gorge les USA par 1,5 milliard de $ de dette et qui est en train de les surpasser dans tous les domaines économiques,a réuni dès 2015, 12 sur 20 critères de première puissance économique du monde. Aujourd’hui, elle pourra se féliciter de son leadership dans de nombreux secteurs économiques de pointe. Elle en est à la cinquième génération en cyber technologies, en intelligence artificielle…

 Contrairement aux U.S.A, la Chine n’envoie pas son armée occuper les autres pays. Elle rassure ses partenaires partout dans le monde, notamment en Afrique. Elle ne se mêle jamais de leurs affaires politiques intérieures. Par contre, les USA arrivent toujours avec leurs gros sabots pour faire chanter les pays et même les rançonner comme ce fut le cas avec les pays du Sud-Est asiatique (Vietnam, Laos, Cambodge…) et plus récemment encore avec les pays du Proche et Moyen-Orient (Irak, Libye, Syrie…).

Il est à signaler à ce propos que l’Iran vient de signer un accord hautement stratégique de 400 milliards de $ pour 25 ans avec la Chine et la Russie. Cet accord comprend le domaine des transports (lignes ferroviaires à grande vitesse, gazoducs, infrastructures routières, etc.), ainsi que les secteurs pétroliers, gaziers et pétrochimiques avec une main d’œuvre iranienne qui sera sous contrôle des Chinois. Cet accord inclut d’autres éléments encore qui pourront modifier l’équilibre géopolitique et géostratégique au Moyen-Orient. En effet, L’Iran a donné son total accord à une coopération militaire aérienne et navale avec la Chine et la Russie qui aura un rôle crucial. Il est également prévu dans cet accord que les bombardiers et les avions de combat chinois et russes aient libre accès de façon illimitée aux bases aériennes iraniennes. Les vaisseaux militaires chinois et russes pourront utiliser aussi des facilités portuaires iraniennes. Tous ces déploiements portuaires et aériens seront dotés de matériels électroniques sophistiqués visant à neutraliser les nœuds de commande et de communication de l’OTAN. Les Iraniens vont recevoir aussi le célèbre système de défense antimissile S 400 russe dont la Turquie vient de se doter.

C’est ainsi que la Chine et la Russie sont en train de bouleverser l’ordre mondial et oriental tenu par les Américains depuis 1945. Et face à la politique provocatrice, agressive, voire humiliante de l’Occident, l’Iran, pour sa survie, est en train de donner aux Russes et aux Chinois le contrôle du Moyen-Orient et de sa rente pétrolière et gazière. Le pari que l’Iran fait avec la chine et la Russie est-il une menace pour le statu quo politique que l’Occident impose depuis 1948 à la faveur d’Israël et au détriment des Palestiniens ? En tout cas, Israël doit réviser sa politique orgueilleuse et méprisante vis-à-vis du peuple palestinien et se persuader qu’on ne peut plus compter sur les U.S.A qui est en train de perdre leur rang de première puissance mondiale. N’est-il pas urgent que l’Europe qui est faible et divisée se réveille et arrête de jouer les seconds rôles de sous-traitance politique des USA, de l’Otan et d’autres lobbyings encore… ?

De toutes les manières, quoiqu’il en soit, Le Covid-19 va certainement laisser des souvenirs indélébiles dans la mémoire collective des peuples, mais il va également apporter une nouvelle à l’humanité, celle de la neutralisation des Etats-Unis en tant qu’unique patron du monde.

A suivre…

Bruxelles le 21 Juillet 2020

Saïd CHATAR

Le COVID-19 est-il un virus geopolitique ?

Pandémie et rivalités des superpuissances

Première partie

La crise mondiale provoquée par le covid-19 qui donne lieu à discussion a engendré une situation problématique exceptionnelle qu’on peut qualifier, malgré l’absence des bombes et des canons, de guerre mondiale. C’est une guerre engagée non pas entre nations, mais plutôt contre un virus. D’où la question suivante : le covid-19 est-il un virus géopolitique ?

On peut penser que ce virus est géopolitique dans le sens où tous les débats autour de cette pandémie soudaine et brutale sont de nature géopolitique, mêlant enjeux de santé et enjeux de pouvoir à un niveau jamais vu précédemment aux échelons national, régional et mondial. A ce jour, alors que le pic définitif est loin d’être atteint, le covid-19 a déjà atteint plus de 5 millions de personnes et fauché plus de 600.000 âmes dans le monde selon les dernières données collectées par l’AFP auprès des sources officielles jeudi 25 juin 2020 à 19h00 GMT, avec toutefois des situations contrastées. Ainsi donc, une tâche immense reste à accomplir face aux conséquences tragiques que ce virus a eues et aura encore en matière de santé publique et socio-économique à travers le monde.

De même, cette pandémie nous a fait connaitre des objectifs des rapports de forces géopolitiques à l’échelon mondial, souvent cachés, des puissances en rivalité (USA, Chine, Russie, U.E, etc.). Chaque crise déclenchée sciemment ou involontairement peut être mise à profit pour modifier la hiérarchie du pouvoir toujours mouvante entre les États et les alliances. Mais il est encore trop tôt pour faire des conclusions définitives car nous n’en sommes qu’au stade des hypothèses. C’est pourquoi, il est important de garder un regard critique sur toute affirmation, y compris les avis des experts médicaux et du personnel politique. Toutefois, d’aucuns ont avancé des hypothèses selon lesquelles les prochaines crises pourraient provenir autant des risques naturels que des risques industriels ou sanitaires et biologiques inhérents aux sociétés humaines, mais aussi de la menace d’une offensive hybride de la part d’un ennemi faisant usage des nouvelles armes, y compris les armes biologiques.

Par ailleurs, la guerre de communication semble aussi prendre de plus en plus d’importance dans les crises actuelles qu’on manipule quelle que soit leur origine et en face desquelles tous les scénarios doivent être pris en considération sans tabous. Sans se préoccuper des origines précises du virus qui est la cause de cette pandémie, on constate que cette crise inédite jusqu’à présent est déjà en cours de manipulation et d’instrumentalisation dans le cadre des rivalités géopolitiques mondiales et la guerre de communication qui l’accompagne.

Pour notre part, parmi toutes les hypothèses inhérentes à cette pandémie que nous pouvons imaginer, nous pensons que nous sommes en train d’arriver, mais sans pouvoir l’affirmer, à la fin d’un cycle de l’humanité sur terre. Après cette pandémie, nous allons assister probablement à un déplacement du centre du monde de l’Occident vers l’Asie.

Par ailleurs, les nouvelles et hautes technologies qui sont en pleine mutation dans tous les secteurs stratégiques de l’industrie vont orienter l’économie de demain vers d’autres horizons où, comme par le passé, au lendemain des grandes catastrophes universelles, les puissances économiques et militaires changeront de camps dans le temps et dans l’espace en entrainant des nouveaux rapports de forces dans le monde avec l’émergence des nouvelles puissances.

De  même, il est possible que cette pandémie du covid-19 accidentelle ou provoquée va ouvrir devant l’humanité une nouvelle ère civilisationnelle où les valeurs et les modèles de l’Occident  ne vont plus continuer à s’illustrer seuls dans le monde. Ce sont les Asiatiques qui vont plutôt s’imposer dans le reste du monde par leurs valeurs qui n’ont pas grand-chose à voir avec celles que l’Occident a toujours essayées de faire accepter à l’humanité de gré ou de force (droit d’ingérence, libéralisme, droit de l’homme…).

D’autant plus que les Asiatiques, outre leur maitrise de la haute technologie dans tous les secteurs industriels et économiques (biotechnologies, nanotechnologies, cybernétiques, etc.) dont ils font preuve aussi bien que l’Occident), ils vont probablement réussir à influencer l’humanité par leurs valeurs millénaires issues des sagesses et du pragmatisme confucéens, taoïstes et bouddhistes entre autres, et ce aux dépens de celles que l’Occident a établies essentiellement sur l’individu et dont il s’est illustré pendant plus de deux siècles. Ainsi l’individu pourrait être détrôné de cette hiérarchie des valeurs fondées sur l’individualisme qui est une doctrine qui considère l’individu comme le facteur essentiel et primordial de la société. Mais ce terme (individualisme) peut également désigner le libéralisme, voire le néo-libéralisme et la libre concurrence des individus dans l’économie (1).  

Saïd  CHATAR

Bruxelles le 26 juin 2020

A suivre…

(1) Nous allons donner dans la deuxième partie de cet article un bref aperçu sur la question du libéralisme et du né-olibéralisme. 

De la dispersion

On se disperse quand on est incapable de se concentrer sur une idée, de se focaliser sur un objectif. Avoir une idée est plus difficile que d’en avoir plusieurs car cela exige le renoncement, l’enthousiasme, la concentration et la sincérité. Plusieurs idées à la fois c’est l’émiettement, la dispersion, l’absence même d’idées, c’est poursuivre plusieurs buts, c’est soutenir les causes les plus différentes et les plus contradictoires. En politique, en art, en littérature, en culture, la vie doit être tendue vers le même but qui consiste en la création et en la concentration de l’être sur son œuvre.

C’est en politique politicienne que la dispersion se manifeste avec le plus de cynisme et d’anarchisme. La dispersion engendre l’énervement, l’incohérence, le sabotage, et peuple la vie d’agités. Elle tire son origine de la propagande, des rumeurs, de l’opportunisme, du favoritisme, de l’arrivisme… Elle convient parfaitement aux nihilistes, aux incompétents qui ne possèdent aucun talent et qui préfèrent vivre dans l’eau trouble.

La dispersion anéantit les caractères et détourne les volontés du vrai but à poursuivre. Elle exerce ses ravages dans toute la société et substitue à la vie sa contrefaçon partout. Elle met le faux talent à la place du génie. Ceux qui se dispersent ainsi ne peuvent réaliser aucune œuvre durable, ni accomplir aucun acte utile. En voulant éteindre les réalités, ils font beaucoup de bruit pour des illusions factices, pour des rêves mensongers.

La société est pleine de gens qui se contredisent, qui ne savent pas ce qu’ils veulent, qui se dispersent, et qui ont tous les défauts qu’ils reprochent aux autres, parce qu’ils ne poursuivent ni le même but, ni le même idéal d’existence. Ayant des airs égarés et des attitudes d’irresponsables, ils s’agitent, courent dans tous les sens, vont et viennent sans but. Pour remplir leur vie avec quelque chose, ils ne s’intéressent qu’aux gestes insignifiants :   l’attente d’une décoration, le désir d’être élu ou coopté dans une assemblée quelconque… Ils trouvent naturel de gesticuler en parlant et en pratiquant toutes sortes de gestes mondains et conventionnels ; et dès qu’un esprit sincère se met en face d’eux, se dépouille en leur présence du masque des conventions, ils crient au scandale.

La culture politique des arrivistes est d’introduire dans la vie le mensonge des morales et de déformer le sens de la vie.  Vie avide de préjugés, manquant d’initiative, d’originalité, de nouveauté, correspondant exactement à l’insignifiance et l’impuissance. Voilà le but suprême des arrivistes qui consiste en la ruse, la dissimulation, l’hypocrisie. But qui résume toute la petitesse, toute la lâcheté des hommes qui désirent avec force le pouvoir, forme suprême de l’iniquité. Les vrais penseurs ignorent ces magouilles car ce qui compte pour eux, c’est la poursuite de l’idéal qui consiste à opposer l’opacité à la transparence, à dépouiller la vie de sa déformation pour lui rendre son authenticité et sa clarté.

Saïd CHATAR

Bruxelles le 12 mars 2020

Les arrivismes

Les arrivismes corrompent notre époque. L’arrivisme est basé sur l’équivoque, le chantage, le bluff. Il comporte une part active de sabotage, car on n’arrive pas sans saboter quelque chose. L’arrivisme qui se sert de tous les moyens est méthodique, froid, rationnel. Il calcule ses coups longtemps à l’avance.

Plusieurs routes conduisent à  l’arrivisme. La plus connue est la politique politicienne qui s’infiltre partout et opère dans tous les milieux. La politique politicienne est avant tout un renoncement à la personnalité, une abdication de la conscience et des principes. L’on comprend qu’il s’agit ici de déloyauté, de tricherie et de mensonge. Les moyens qui permettent à la dissimulation et à la fourberie d’agir sournoisement dans l’ombre sont si nombreux et pleins de nuances si complexes que seule la politique politicienne et machiavélique les connait bien. Toutes les compromissions, toutes les combines et autres tares réunies en un seul faisceau, forment l’arrivisme politique.

Il y a deux sortes d’arrivismes qui se côtoient, l’arrivisme officiel et l’arrivisme officieux. Le premier est reçu et avoué. Le second, moins apparent, autorise toutes les compromissions. L’arrivisme officiel qui a la protection de l’Etat et l’appui des lois, sauve les apparences. Mais l’arrivisme officieux et inavoué, bien que protégé également par l’Etat et la loi, court plus de risques, peut manquer son but et être sacrifié au bénéfice de la réussite de l’arrivisme officiel. Avant tout, il importe qu’on ne découvre pas l’arrivisme officieux, car s’il est découvert, l’arrivisme officiel, qui ne peut plus le protéger, le désavoue publiquement, et par là même se donne un brevet de vertu. Ainsi l’arrivisme officiel parait-il avoir le monopole de l’honnêteté.

Gabegie, malversations, abus de confiance, escroquerie, sont à la fois la cause et le résultat de l’arrivisme officieux qui est toléré par l’Etat et qui se développe sous sa protection. Tant qu’il reste dans l’ombre, l’arrivisme officieux a toutes les apparences de la justice et de la légalité. Il est d’un grand secours pour l’arrivisme officiel qui l’entretient en sous-main et ne peut se passer de ses services. Il devient donc extrêmement difficile d’établir une démarcation bien nette entre ces deux arrivismes qui se soutiennent réciproquement. Et, il faut d’abord avoir pratiqué l’arrivisme officieux pendant de longues années avant de pouvoir prétendre à l’autre.  En effet, avant d’imposer leur domination et arriver à la direction de l’Etat, les arrivistes, les dirigeants de la politique politicienne doivent procéder à des manœuvres louches en s’infligeant des corvées intolérables et des démarches qui nous paraissent répugnantes…

En un mot, l’arrivisme est l’habileté qui consiste à employer tous les moyens pour passer ‘’sur le dos’’ des autres : poudre aux yeux, bluff, grabuges, équivoques, sabotages, etc. L’arriviste est celui qui prend la place des autres, sans avoir leur talent, en étant plus docile et plus servile qu’eux. Pour arriver à prendre la place des autres (que d’ailleurs ceux-ci désertent, car ils s’aperçoivent que, pour s’y maintenir, il faut être et rester médiocre), les arrivistes doivent faire leurs preuves qui consistent en les qualités de souplesse, d’obéissance, d’obséquiosité, de passivité, de servilité, qui leur sont exigées. C’est ainsi qu’ils arrivent à devenir populistes en faisant parler d’eux, à se rendre ‘’intéressants’’ ; mais comme leur situation est souvent sans issue, ils commencent alors à s’apercevoir que si l’arrivisme a ses bons côtés, il peut avoir aussi ses mauvais côtés.

L’arrivisme est toujours puni par où il a péché. Les protecteurs, les amis politiciens viennent vainement en aide à l’arriviste déchu, à celui dont les tripotages ont été découverts par la presse, par ses adversaires, ses ennemis, voire ses amis de la veille qu’il n’a pas su se ménager, estimant qu’une fois arrivé, il pouvait se passer de leurs services et de leur être utile. Ceux-ci se vengent de son indifférence et de son ingratitude. A ce moment, après avoir fait tout ce qu’il en est en son pouvoir pour étouffer l’affaire, l’Etat se voit contraint d’agir contre son subordonné. Il ordonne une enquête. Il révoque son fonctionnaire indélicat ! Donc comme on le voit, l’arrivisme est dangereux. Malheur à ceux qui essaient de le pratiquer, car tôt ou tard leurs machinations combinatoires seront découvertes. Ils paieront pour ceux qui auront été assez habiles pour ne pas se faire prendre.

Ce qui est triste, c’est de penser que ceux dont l’existence est basée sur le crime, dont l’ascension a été édifiée sur le mensonge, passent pour des modèles d’honnêteté. Ce sont des gens intègres, qu’on donne en exemple aux enfants des écoles. Même après leur mort, on continue de vénérer leur honnêteté, leurs scrupules. Même dévoilés, même découverts, certains d’entre eux dont la presse publie les portraits qui ornent la misère des taudis de bidonvilles, continueront d’être admirés, vénérés. Et il y a des êtres assez simples pour les acclamer et les saluer quand ils passent.

Saïd CHATAR

Le 9 mars 2020

Les pratiquants

Les pratiquants ! Il convient de désigner ainsi les gens qui pratiquent toutes les vertus. La religion, la morale et la politique abritent leur dissimulation. Ces pratiquants qui prétendent faire le bien, se rassemblent dans les lieux de leurs cultes, plus serrés que jamais, pour discuter ou pour s’agenouiller et prier, mais qui n’en sortent pas meilleurs. Ils n’ont qu’un but : se mettre en contradiction avec eux-mêmes, avec l’idéal qu’ils prétendent servir, avec la religion qu’ils prétendent pratiquer.

Maitres du pays  par leur arrogance, par leur morgue, par leur luxe insolent, ces pratiquants sont des êtres néfastes. Ils répandent de fausses notions, de fausses idées parmi les peuples en leur faisant croire que la charité, que la pitié, telles qu’ils l’entendent sont des solutions, des refuges, en leur faisant croire à la vertu de l’altruisme et du partage. Ils les détournent ainsi de leur but qui est la juste revendication de leurs droits. Ainsi réduisent-ils les peuples à vivre d’aumône et de charité en tentant de diminuer leur énergie, de les soumettre et de les abrutir, comme l’opium.

Le mensonge de la charité, de l’aumône, de la pitié permet aux pratiquants maitres du pays de dominer et de soumettre le peuple par la ruse et la perfidie. En échange de quel esclavage et de quel servilisme font-ils le bien ? Ils essaient de se faire pardonner leur impuissance en pratiquant la charité tout en faisant payer chers les services qu’ils rendent ; ainsi espèrent-ils se rendre moins odieux en se disant philanthropes. Chacun invente un stratagème pour se maintenir en odeur de sainteté auprès du peuple. Toutefois, ces charlatans qui mettent leur déguisement de pratiquants de la morale, de la religion et de la politique n’ont pas toujours raison contre le peuple pour qui, pratiquants égalent trafiquants. Ceux-ci trafiquent de l’honneur, de la pauvreté, de l’humilité, de la religion ; ils spéculent sur la misère humaine, sur l’ignorance, sur la crainte…

Quand on envisage le monde sous l’optique de ces pratiquants mystificateurs et calomniateurs, on aboutit aux conclusions les plus violentes, à l’action directe, à la bombe. Ils poussent les peuples à l’insurrection et à la révolte, et donnent raison à toutes les thèses de l’anarchie, du terrorisme et du chaos. … Mais, heureusement, il y a aussi dans le monde des croyants et des pratiquants qui essaient de rétablir l’équilibre et qui font contre poids.

Saïd CHATAR

Bruxelles le 29 février 2020